Comme un souvenir …

Comme un souvenir…
Dove Allouche (Le temps scellé, Collection du FRAC Alsace),
Pierre-Yves Freund, Anne Immelé

Une exposition pensée par Anne Immelé en résonance avec l’univers visuel d’Andréï Tarkovski
Exposition du 24.02.19 au 05.05.19

Dossiers de presse : FR DE

Le temps et la mémoire sont deux aspects majeurs du cinéma d’Andreï Tarkovski. Pour le cinéaste russe l’image est nécessairement poétique, elle a pour vocation d’exprimer la vie à travers le passage du temps. La dimension contemplative du rapport au paysage, l’importance de l’eau sous toutes ses formes, l’imbrication de différentes temporalités et l’errance sont autant d’éléments que l’on retrouve dans la pratique photographique d’Anne Immelé, invitée par la Fondation Fernet-Branca pour cette exposition qui ne se veut pas une illustration, mais une interrogation de l’univers visuel d’Andreï Tarkovski.
Afin de créer un dialogue en écho aux multiples dimensions de l’image chez Tarkovski, Anne Immelé a convoqué les œuvres de Pierre-Yves Freund et Dove Allouche, dont les œuvres sont marquées par le passage du temps. Les sculptures de Pierre-Yves Freund revêtent une dimension de suspend, de questionnements sans réponse ; l’altération et la modification des éléments solides ou liquides résonnent avec les préoccupations esthétiques de Tarkovski. Pour la série Le temps scellé, Dove Allouche est allé photographier les lieux du tournage de Stalker (1979) quelque trente ans après le tournage du film. Il en résulte des paysages chargés de la mémoire du film.

Anne Immele, Sans titre, 2006

ANNE IMMELE

Les photographies d’Anne Immelé interrogent notre rapport au territoire dans ses multiples dimensions : géographique, humaine, sociale mais aussi mémorielle et poétique. C’est à travers l’édition et l’accrochage que ses images entrent en dialogue les unes avec les autres, créant un terrain de confrontation. Anne Immelé expérimente des rapprochements, montrant simultanément des visages et des vues de lieux chargés de nos mémoires individuelles ou collectives. Par ce moyen, elle renouvelle un questionnement sur le vivre ensemble et sur le partage d’une expérience commune.

Elle a publié deux livres aux éditions Filigrane, Paris : En 2003, WIR avec le philosophe Jean-Luc Nancy, puis en 2009 Les Antichambres avec Corinne Maury, maître de conférence en esthétique du cinéma. L’édition WIR réunie des photographies prises dans différents territoires canadiens et Rhénans. La collaboration avec Jean-Luc Nancy se poursuit au fil des années, et a donné lieu au texte « L’approche / Die Annäherung » publié en Allemagne puis en France en 2008, ainsi qu’à une conversation filmée WIR+10 en 2013. L’édition Twin cities (Kunsthalle Mulhouse 2011) s’attache à trois villes jumelées avec Mulhouse : Timisoara (RO), Chemnitz et Kassel (DE). Ces villes sont vues à travers la métaphore des nuages, véhiculant différents thèmes comme le transfrontalier, les communautés, les migrations, la fraternité.

Anne Immelé, Sans titre, 2014

Docteur en art, Anne Immelé exerce une activité de commissariat d’exposition, qui prend appui sur les recherches théoriques, engagées depuis son Master en Arts Visuels à l’Université Laval de Québec, Canada (1997). Elle a développé une réflexion sur la mise en espace de la photographie et sur le médium de l’exposition en lui-même. Ses recherches curatoriales font suite à une thèse de Doctorat en Arts, soutenue en 2007 à l’Université de Strasbourg, parus sous le titre « Constellations photographiques » chez Médiapop éditions.

En 2013, elle fonde, avec Jean-Yves Guénier, la Biennale de la photographie de Mulhouse dont elle assure la direction artistique et le commissariat de certaines expositions.

Anne Immelé, vit et travaille dans l’espace Rhénan, elle enseigne à la HEAR, Haute école des arts du Rhin. Elle a participé à de nombreuses expositions, entre autres à la galerie Dazibao de Montréal, à la galerie VU de Québec, à l’Institut français de Stuttgart, au Centre Européen d’Actions Artistiques Contemporaines (CEAAC) de Strasbourg, au 19 Centre Régional d’Art Contemporain de Montbéliard, à la Biennale d’art contemporain de Sélestat ou à la Fondation François Schneider.

PIERRE-YVES FREUND


L’œuvre de Pierre-Yves Freund s’apparente à une méditation sur le très peu et le lien forme/pensée/forme.
Son travail interroge plus qu’il n’affirme.
Ses prélèvements de matériaux dans la nature ou la ville, lors de ses marches, sont des suspensions de temps destinées, dans un espace géographique donné, lors d’une exposition, ou dans le secret d’une déposition imperceptible dans un torrent ou un bois, à transformer l’espace à partir du geste d’intervention.
Le moindre déplacement/replacement est une façon d’affecter le tout.
Ses sculptures, ne dédaignant pas l’apport du classicisme, tremblent entre le dérisoire et l’abouti.
La démarche est d’une méticulosité ascétique ouverte paradoxalement au processus du hasard.
Inassimilable socialement, l’œuvre de Pierre-Yves Freund produit, entre résistance des matériaux et sensation de mutabilité, une impression d’ailleurs, telle une entaille dans l’ordre de la réalité.
-Entretien de Fabien Ribéri, Janvier 2018-

DOVE ALLOUCHE (coll. Frac Alsace)

Le travail de Dove Allouche analyse le passage du temps, en cherchant à rendre perceptible l’insaisissable. Le Temps scellé, ensemble de 13 photographies, résulte d’un voyage à Tallin, en Estonie, sur les lieux du tournage du film Stalker (1979) d’Andréï Tarkovski. Dove Allouche a retrouvé les sites de la mystérieuse « zone », dans laquelle se rendent un écrivain, un professeur de physique et un passeur (le « stalker »), à la recherche d’une chambre censée combler les vœux de ceux qui y pénètrent. Les lieux sont quasi intacts, calmes et désolés, seuls les arbres ont poussé. Prises près de trente ans après le tournage du film, ces vues d’un paysage apparemment banal, mais chargé de la mémoire de cette fiction, prolongent l’existence mentale de la « zone » dans le présent du regard de l’artiste, et par-delà, lui donne une permanence atemporelle.
-Olivier Kaeser, 2007-